L’ACEFO participe à la commission sur l’action communautaire autonome

Par René Coignaud, Directeur de l’ACEF de l’Outaouais

Il est assez rare que le mouvement communautaire se mobilise dans son ensemble. Nous avons mené une pause de deux jours en novembre pour exprimer notre ras-le-bol quant au manque de ressources et aux politiques qui affectent nos concitoyen-ne-s les plus fragilisé-e-s.

Ce mardi 12 janvier, nous avons vécu un autre de ces moments. Nous avons été plus de 20 organismes et témoins de l’action communautaire à participer à une commission itinérante. Nous avons fait part des effets des politiques d’austérité tant sur les gens auprès desquels nous intervenons que sur nos organismes.

C’est un peu choquant de constater que même entre nous, on se connaît peu et que même en le vivant au quotidien, on ne réalise pas l’ampleur des dommages.

Dans ma présentation orale, j’ai fait part du travail que l’on mène à l’ACEFO, de l’impact que nous avons depuis près d’un demi-siècle sur notre communauté. J’ai abordé la question des pressions qui limitent la capacité des organismes à pleinement se concentrer sur la défense des droits en devant défendre leur capacité à défendre les droits. Mentionnons la possibilité d’être soumis au registre des lobbyistes, les rumeurs de redéfinition d’action non-partisane, une réforme à venir du statut des organismes, etc.

Enfin, j’ai insisté sur la nécessité que l’on apprenne à communiquer et à parler de nous. Nous avons horreur de s’autocongratuler et de consacrer notre énergie, notre temps et nos ressources à faire notre promotion. Nous aimons bien mieux être focalisés sur notre mission proprement dite. Or, comment peut-on espérer que les causes que l’on défend trouvent écho si nous n’en parlons pas? Comment voulons-nous obtenir des fonds publics si le public ne connaît pas ce que nous faisons pour lui? J’ai parlé du rôle essentiel que nous jouons pour permettre à toutes et tous de contribuer leur plein potentiel à la société et de la valeur incommensurable que ça a.

Notre mémoire:

Réponses de l’ACEF de l’Outaouais aux questions de la Commission populaire de l’ACA

À propos de l’ACEFO

Depuis 1966, l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de l’Outaouais  assure la protection, la défense et l’organisation des consommateurs et consommatrices principalement à faible et moyen revenu sur le territoire de l’Outaouais pour toutes les questions relatives à la consommation.

  1. Quels sont les impacts positifs des interventions de votre organisme auprès de vos membres et de la population?

Les organismes de défense des consommateurs, dont l’ACEFO, ont été à l’origine de la création de l’Office de protection des consommateurs et de la Loi de protection du consommateur. Nous poursuivons notre travail pour bonifier cette loi et l’ensemble des protections des consommateurs.

Nous offrons une vaste programmation d’ateliers pour informer les consommateurs sur leurs droits et leur offrir les outils afin qu’ils puissent éviter les pièges de l’endettement. Tout le volet de prévention permet d’agir en amont. Il n’y a pas d’enseignement formel des pièges de l’endettement ou pour enseigner l’habitude de faire et suivre un budget, avec pour conséquence que l’endettement des ménages est très élevé.

Enfin, la consultation budgétaire permet d’offrir des conseils précieux et impartiaux pour trouver des solutions à l’endettement.

l’an passé, l’ACEFO :

 

  • a tenu des conférences publiques dans ses locaux ainsi que dans les locaux de la Bibliothèque de Gatineau portant notamment sur l’achat impulsif/compulsif, et les finances personnelles pour les travailleurs autonomes;
  • a donné diverses formations concernant les finances personnelles et la consommation à plus de 700 personnes dans la région de l’Outaouais;
  • a répondu à plus de 1 100 appels téléphoniques;
  • a donné des consultations budgétaires à 228 ménages;
  • a aidé 46 familles dans le besoin en leur accordant un prêt sans intérêt pour s’acheter des biens de première nécessité et durables;
  • a négocié des ententes de paiement avec des créanciers pour près de 50 ménages en situation financière périlleuse; et
  • a participé à une trentaine de capsules d’information sur la consommation à la radio de la Haute-Gatineau.

 

  1. Quels sont les impacts du sous-financement (pas d’indexation intégrale, pas d’augmentation significative) du gouvernement du Québec pour la réalisation de votre mission?

L’organisme vit une longue et inéluctable atrophie. Il n’a globalement pas été possible de compenser par d’autres sources de financement et nos autres sources de financement se sont presque toutes sévèrement contractées.  Nous ne sommes déjà ouverts que quatre jours par semaine depuis environ cinq ans.  Même à horaire réduit, à équipe restreinte complète, notre déficit structurel est d’environ 45 000$ annuellement. Cette réalité va nous rattraper sous peu.

À la base, nous n’avons que trois conseillères budgétaires pour tout l’Outaouais à maximum 30 heures par semaine chacune pour faire la prévention et pour offrir des conseils experts impartiaux. À titre de comparaison, seulement à Gatineau, il y a 15 syndics de faillite. Surtout, fondamentalement, le matraquage publicitaire et les pressions constantes  pour promouvoir  l’endettement sont sans commune mesure avec nos moyens pour les combattre.

Nous allons focaliser beaucoup d’énergie de la direction et du conseil d’administration à la recherche de financement afin de pouvoir simplement poursuivre notre travail, ce qui en soi nous détourne du travail que nous devons accomplir. De plus en plus, nous devons nous consacrer à assurer notre survie.

  1. Outre la question du financement, quelles sont les embuches qui vous empêchent de mener à bien votre mission?

Il y a des pressions grandissantes pour restreindre le pouvoir de revendication des organismes comme le nôtre. En ayant un volet de revendication et un autre de service, nous marchons sur une corde raide. Au niveau fédéral, beaucoup d’organismes qui avaient coutume de s’exprimer ont perdu leur statut de charité, ce qui a créé beaucoup de crainte dans tout le milieu puisque l’essentiel des bailleurs de fonds exigent un statut de charité. Il y a également la question de l’assujetissement aux règles sur le lobbyisme qui représente une menace supplémentaire et la remise en question de la définition de l’action politique par le SACAIS.

En somme, en plus d’avoir largué les problèmes chez les organismes communautaires et avoir restreint leur financement, les gouvernements restreignent leur capacité d’intervenir sur la place publique à propos des problèmes structurels dont leurs membres et leurs bénéficiaires écopent.

  1. Avez-vous identifié des impacts liés au contexte d’austérité sur votre organisme, sur vos membres, sur votre communauté? Si oui, lesquels?

Depuis 50 ans, nous agissons auprès de celles et ceux qui vivent des difficultés financières et notre organisme lui-même tente de faire le maximum avec bien peu de ressources. Depuis 50 ans on étire un élastique et on gruge l’organisme.

  1. Selon vous, quels sont les principaux enjeux pour votre organisme, votre secteur, votre région, l’ensemble du mouvement d’ACA dans les prochaines années?

Nous allons devoir apprendre à nous promouvoir. L’opinion publique est un groupe souvent différent des marginaux auxquels nous avons coutume de nous adresser. Il faut prendre de nos ressources pour convaincre l’opinion publique de soutenir des services sociaux de qualité en général et l’action communautaire autonome, notamment son rôle comme incubateur de progrès social.

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